Portrait d'un architecte
Pas très loin de Ronchamp, à moins de deux heures de route en voiture, se trouve la petite ville suisse de La Chaux-de-Fonds dont est originaire Le Corbusier, de son vrai nom : Charles-Edouard Jeanneret. C’est là que, jusqu’à ses vingt ans, de 1887 à 1907, et avant de partir voyager dans l’Europe entière, il a fait ses débuts d’architecte en même temps que ceux de théoricien, d’écrivain, d’enseignant ou encore d’artiste peintre.
Poursuivant tout à la fois son travail de peintre et d’architecte, Jeanneret théorise ses principes constructifs. A partir de 1920, en décidant de prendre le pseudonyme de Le Corbusier, il donne alors une nouvelle identité à son travail et permet ainsi également de multiplier les articles qu’il écrit avec son ami peintre Amédée Ozenfant, dans leur revue L’Esprit Nouveau.
Plus que le manifeste d’une nouvelle façon de bâtir, qui doit être plus proche des démarches industrielles, c’est celui d’une nouvelle façon de vivre. A sa suite, Le Corbusier et Ozenfant proclament un nouveau mouvement de peinture : le purisme dont la clarté, la simplicité et l’économie des moyens en sont les caractéristiques essentielles.
Organisé, sur ce que Le Corbusier nommera les tracés régulateurs, l’œuvre peinte rejoint par là même la construction architecturale : « un tableau n’est qu’une équation ; avec l’architecture, il exprime des principes fondamentaux ». Désormais, Le Corbusier bâtit et écrit selon cette théorie. La Maison La Roche-Jeanneret, à Paris, siège de la Fondation Le Corbusier en est un des meilleurs exemples.
Toujours pendant ces années vingt, Le Corbusier décide de s’installer définitivement à Paris et ouvre, au 35, rue de Sèvres, son agence qu’il partage avec son cousin Pierre Jeanneret. Quelques années après, en 1930, il devient citoyen français, l’année même de son mariage avec le mannequin Yvonne Gallis. Débute alors pour lui une intense période d’activité dans tous les domaines que seule la guerre viendra ralentir.
Chargé de la reconstruction du pays, Le Corbusier met à disposition ses nombreuses études sur le logement social et ses plans urbanistiques. S’il est ignoré par les pouvoirs publics, il réussit toutefois à édifier ses « unités d’habitation », notamment à Marseille, en 1952.
Des années cinquante, et jusqu’à sa mort, en 1965, les commandes en France et à l’étranger se multiplient. Les bâtiments publics en Inde, à Chandigarh, et les deux architectures sacrées, à Evreux-sur-Arbresle et à Ronchamp, constituent sans doute les édifices les plus marquants de la fin de sa carrière d’architecte autodidacte, comme il aimait à le repréciser parfois.